Miami Vice ou l’acuité visuelle de Michael Mann

En 2006, sortait sur les écrans Miami Vice, « adaptation » cinématographique de l’oeuvre télévisuelle du même nom supervisée par le même Michael Mann qui se retrouve au scénario et derrière la caméra de l’ovni cinématographique que constitue Miami Vice.

Vibration

Contant un fragment de quotidien de deux flics à Miami, Riccardo Tubs et Sonny Crocket, interprétés respectivement par les charismatiques Jamie Foxx et Colin Farrell, le film de Michael Mann s’attarde sur des sortes de tranches de vie de ces deux partenaires, infiltrés dans un important groupe de narcotrafiquants. Dès sa scène d’ouverture, le réalisateur américain impose la substance qui constituera son oeuvre et qui, au passage, déroutera une large partie du public. Une ouverture qui prend place dans une boîte de nuit saturée de musique et dans laquelle se découvrent les deux protagonistes et leurs équipiers. Tout de suite, Mann focalise, capte l’attention et la dirige vers la sobriété et la sévérité du visage de Jamie Foxx ainsi que le bref essai de séduction de Sonny. Sous les stroboscopes et devant les silhouettes de danseuses serpentant sur des podiums, se joue déjà l’intensité de l’esthétique de Michael Mann. Le cadre instable et la captation d’une lumière précise procurent ce sentiment d’excès de mouvement et de plein engagement de l’action dans le cadre. Tout se qui tremble, bouge, vibre dans l’objectif du réalisateur américain est retranscrit avec une fureur, une nervosité hypnotique.

Et puis vient cette première scène en extérieur qui prend place sur un toit. Si le spectateur comprend vite que, dans Miami Vice, il ne sera pas affaire de structure scénaristique mais bien de narration visuelle et de souci du détail, il perçoit aussi l’intense forme numérique de l’image du film. Ce ciel dense aux teintes pourpres qui laisse exister le volume des nuages et la force de l’orage correspond, en un sens, à tout ce que Michael Mann cherchera à capter avec cette oeuvre : la nervosité et le détail d’un environnement donné.

Sonny et Riccardo se baladent ainsi sous les éclairs en flashs de Miami, longeant les côtes magmatiques de la ville. L’enjeu est posé, sans qu’il ne soit réellement offert par des astuces dramaturgiques. Cet enjeu, c’est la vie de l’Homme dans ce monde en tension.

Porté par une bande-son méditative, Miami Vice gagne une gravité dans l’insaisissable mouvement de ses détails : des regards brefs qui racontent à eux seuls les rapports entre les personnages du film, et des plans furtifs et sobres pour dire ce qu’un autre aurait probablement raconté en plusieurs minutes. Le film s’étire pour pousser la contemplation et la tension à leur paroxysme de puissance. Et, très vite, la ligne directrice scénaristique dévie et s’intéresse à l’histoire d’amour entre Sonny et Isabella, épouse du gangster Montoya. Rien que la situation des deux personnages, l’un infiltré, l’autre rattachée à la cible du dernier crée un intérêt indéniable et détourne totalement de l’infiltration classique. Et cela démontre qu’à l’instar de Heat, Michael Mann a conservé son immense respect des personnages qu’il dépeint en hommes et non en sujets scénaristiques.

Si la déambulation amoureuse de Colin Farrell et Gong Li qu’un Hors bord emmène en une envolée musicale vers Cuba et la puissance du jeu d’un Jamie Foxx au sérieux imperturbable ne vous a pas convaincu de réhabiliter le chef d’oeuvre que constitue Miami Vice, peut-être l’explosion annoncée de violence chaotique finale vous marquera-t-elle assez pour vous laisser harassé quand commencera le générique. Une fatigue qui ne fait que souligner l’intention de l’auteur : jouer sur l’acuité visuelle et sensitive de chacun pour créer un sentiment d’errance d’une intensité rare.

Politique

Comme l’explique merveilleusement bien Jean-Baptiste Thoret, Miami Vice est un film sur le capitalisme. Représentant autant la grandeur d’une mafia tentaculaire invincible que la mondialisation des activités criminelles (le film se déroule à Miami, Cuba en HaÏti et en Amérique du Sud), il rappelle les flics héroïques des polars traditionnels à leur place, redevenus microscopiques au milieu de l’océan criminel qui sévit. Sonny et Riccardo luttent ainsi, tant bien que mal, contre l’extension de cartels devenus des multinationales.

Passant ainsi d’un pseudo polar classique à une épuisante errance au coeur d’un monde en feu, Miami Vice s’avère être une oeuvre sur la place de l’humain dans le monde. Un film qui joue sur les échelles donc, et qui dresse le portrait de la banalité des événements. Les réactions froides des deux policiers et la nervosité esthétique donnent une intense sensation de quotidien. En cela, la démarche de Michael Mann se veut désabusée mais engagée.

Face à la densité thématique impalpable du film, le spectateur est, lui aussi, ramené à son état de fourmi devant l’orage organique du monde. Et il est ainsi compréhensible mais non moins déplorable que Miami Vice ai, chez certains, gagné l’image d’une oeuvre à la forme évidente et prosaïque tant elle est un condensé de sens et de lourdeur inouï.

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