Akira : questionnements sur l’identité d’un pays

Récit noir d’une perte de contrôle, Akira est un film d’animation japonais réalisé par Katsuhiro Otomo et adapté du manga du même nom. Nous ne revenons ici que sur le film Akira et sur ce qu’il nous semble dégager.

Histoire tragique et transcendante d’un gang de motards dans un Tokyo futuriste et cyberpunk, le film se concentre principalement sur Kaneda et son meilleur ami Tetsuo, séparés par une catastrophe qui implique le gouvernement japonais. D’une puissance formelle sulfureuse, l’oeuvre d’otomo rappelle sans cesse à des obsessions thématiques japonaises et les fait éclore dans une imagerie forte, emprunte d’un questionnement sur l’influence occidentale.

Trauma

Sans revenir en détail sur l’impact des Etats-Unis et de la guerre sur le Japon, il est évident qu’Akira reproduit un schéma similaire à cette catastrophe. Néo Tokyo est ainsi une ville en feu, traumatisée par une 3ème guerre mondiale. Plus tard, il sera évoqué le fait que le personnage d’Akira serait la cause de cette guerre, laissant entrevoir le propos du film : la manipulation gouvernementale, les secrets et les expériences ne sont qu’une métaphore des traumas dont le Japon ne se remettra visiblement pas avant longtemps. Otomo remonte ainsi aux sources de ce choc en questionnant l’influence des Etats-Unis sur son pays. En effet, Akira réinvestit des codes de récits héroïques spontanément rattachés à l’Amérique. Un gouvernement corrompu, des héros s’opposant à des ennemis maléfiques… Mais en réalité, Akira démystifie totalement ces codes. Ici, les héros ne sont ni des modèles, ni des personnages en quête de rédemption. Ce sont des adolescents délinquants et dépassés par la situation. Kaneda, protagoniste du film, ne semble même pas influer sur les événements. Ses efforts restent vains face à son ami Testuo en pleine perte de contrôle, et jamais il ne gagne réellement le statut de héros. Quant à Tetsuo, prototype raté du super-héros américain, il est l’affirmation de la rupture qui s’effectue entre les personnages de Otomo et ceux des fictions traditionnelles américaines. Super pouvoirs et cape ne feront pas de lui un Superman japonais, mais bien un simulacre de bad Guy qui s’avère n’être, au final, qu’un cobaye manipulé et enragé. Tetsuo est un danger, non pas en tant que Tetsuo, mais en tant que porteur de capacités malsaines qui détruisent peu à peu les enfants comme les radiations ont pu détruire le Japon. Toute l’imagerie des cachets, du chaos urbain (repris à Blade Runner telle une ré-appropriation de sa propre culture) renvoie au trauma sanitaire conservé par ce pays en crise.

Remède

Akira désamorce ainsi toutes les attentes d’un public habitué des productions occidentales, s’achevant même sur un faux climax, une non-explosion qui, au lieu de s’étaler, se condense et s’apaise pour finir dans le silence. De la même manière qu’il semblait représenter le danger nucléaire, le personnage d’Akira se révèle en victime d’expériences (comme l’étaient en quelque sorte les tests atomiques) malsaines. Il est ainsi le remède à ses propre maux puisqu’il emporte avec lui les erreurs d’un pays à feu et à sang.

Dénonçant de la sorte les actions d’un état et leur impact sur un peuple impuissant (représenté par les enfants), Otomo se place en accusateur de conflits géopolitiques qui ravagent le monde (et plus précisément le Japon). Akira pousse si loin ce raisonnement qu’il en vient à littéralement impliquer le fait que la cause même de cette nouvelle guerre (et donc de ce nouveau traumatisme) soit en réalité le produit même d’erreurs gouvernementales (Akira est lui aussi un cobaye).

Dans son finale dantesque, le film laisse assister à une reprise de contrôle de la part du personnage d’Akira qui, reprenant le dessus, guérit le monde de la catastrophe. Le peuple est ainsi la victime et la solution et Otomo traque sans relâche un état gangréné, quand-bien même il n’hésite pas à montre son incarnation (en la personne du Colonel) tout aussi dépassée par le pouvoir et les enjeux. Dans Akira, tout le monde est ainsi humain et victime d’un choc qui ravage le coeur du Japon depuis des décennies.

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