Millennium Mambo

Lorsqu’il aborde Millennium Mambo ( sorti en 2001), Hou Hsiao-Hsien est fort d’avoir une longueur d’avance esthétique sur la mode édulcorée du néon, sorte de cache-misère d’une photographie qui s’est polie avec le 21ème siècle. Pourtant ici, le visuel n’a rien de factice ou de lisse, il est une sulfureuse expression du bouillonnement interne de ses personnages, un témoin de l’asphyxie que provoque l’hyper-activité de cette vie désordonnée, basée sur le déni.

La caméra de Hou Hsiao-Hsien, capte frontalement les altercations, les amours à la dispute, les fuites et les retrouvailles avec un oeil espion, cherchant à attraper l’action au milieu d’espaces qu’elle ne semble pas vraiment investir. Son mouvement est latéral, nerveux mais pourtant étrangement détaché. L’appareil rend les émotions sans les appuyer, sans en faire son motif, il est plus un observateur de la vie, retranscrivant la place incertaine de ses personnages dans leur microcosme grésillant.

L’art et la personnalité du film sont ainsi présents dans la sorte de lueur qui se dégage de son agitation. Millennium Mambo est, absolument, constamment, magnifiquement vibrant. Il agit comme un joyau luminescent et tranchant, un objet de fascination sensitive. Une extase inversée, détachement de l’être narrateur (Vicky) et de ses actions représentées comme passées constitue le propos intime de l’oeuvre, histoire d’un amour qui n’a rien de romantique, qui ne se prête pas aux élans de poésie mais aux débordements d’adrénaline et de rancoeurs. Cette histoire, c’est une histoire que seul le médium cinéma pouvait rendre, car il est bien le seul prisme par lequel pouvait ressortir cette splendeur électrique et douce-amer.

Le cinéaste taïwanais nous offre une invitation pour assister, impuissant, au tourbillon d’une vie. Son cinéma dessine un portrait de l’instant, le film se déroulant en 2001, année de sa sortie quand la voix-off narratrice s’exprime dix ans plus tard, une technique qui aura pour effet de placer cette tranche de vie en position de moment, capté au milieu des choses. Quand le crépitement s’apaise dans son final ralenti, l’effervescent a fini de distiller en nous un attachement paradoxal au malaise ambiant. Le film est devenu, pour nous aussi, un souvenir acidulé.

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