Now Apocalypse, Araki et le monde

Ce ne sont plus des adolescents qu’Araki filme, mais des individus qui se trouvent à l’orée de l’âge adulte, des sortes de pré-adultes paumés dans un Los Angeles trop vaste. Le cinéaste retravaille les codes de ses teen movies, dresse les portraits de plusieurs personnages et nous embarque dans une aventure existentielle si particulière, aux élans conspirationnistes les plus loufoques. Chacun des protagonistes est ainsi introduit via un jeu très caractérisant, défini et exagéré, à la limite du trop au début de la saison, et devenant peu à peu une démarche logique, pleine de sens, apportant des couleurs à ces êtres uniques, tous pièces d’un puzzle immense et halluciné.

Bien sûr, les jeunes adultes et leur quotidien ainsi décortiqués, Araki, ne pouvait passer outre l’omniprésence du sexe, enjeu décisif et pulsionnel montrant ses airs dans des discussions de café, pendant une visio-conférence ou dans les relations professionnelles. Le sexe est le liant de ce monde tout droit sorti de l’imaginaire de Bret Easton Ellis. Il est la substance qui englue tous les éléments d’une intrigue parsemée, ne se révélant que par bribes, avant d’exploser dans un geste magnifique durant les 2 dernier épisodes, chapitres majeurs dans lesquels tout est dit, implicitement, s’imposant à la réflexion du spectateur avec une étonnante clarté, quand-bien même ce dénouement ne serait en aucun cas tangible et linéaire mais plutôt sensoriel et émotionnel.

Au-dessus de ce microcosme particulier, dont la banalité est mêlée à la folie pure du styliste Araki, plane l’influence du cosmos, sorte de menace et de force dissimulée derrière les apparences de la série. Car, comme une obsession fidèle, la figure de l’alien est ici abordée, qui plus est avec une certaine maestria dans la parcimonie de sa représentation et la maîtrise de ses apparition. Cet individu d’un autre monde est l’archétype de cet apocalypse, d’abord intime pour les personnages, mais vraisemblablement ultime pour le monde (comme suggéré par la fin de la saison), sorte de fin du monde, comme si le mal-être existentiel de ces jeunes californiens ne pouvait les mener que vers la fin de toute chose, un tourbillon empli de leurs peines, de leurs pulsions et de leurs rêves, transformé en un trip de science-fiction digne d’une série B.

L’extra-terrestre de Nowhere a lancé l’invasion, il se pointe dans des ruelles obscures. Comme la jeunesse, la menace a grandi. Elle est là, impalpable, s’envolant en un clignement d’oeil, tapie dans les mots cryptés des SDF. Elle plane sur le cataclysme final, explosion d’événements qui devraient grandement influencer une éventuelle saison 2.

Dans Now Apocalypse, les destins, car c’est bien de cela qu’il s’agit, Ulysses étant cette figure mythologique de l’élu qui a vu ce que personne d’autre n’a perçu (bien noter son nom), s’imbriquent, rassemblant au final une galaxie de personnages comme liés par une voie unique, des êtres choisis au milieu de leurs journées gâchées sur un canapé où à la conquête de nouvelles expériences dans un monde auquel ils paraissent inadaptés. Tout l’enjeu pour eux, sera alors de s’en rendre compte, de prendre conscience de l’appel du destin et de la grandeur des choses qui se cachent, comme des métaphores abstraites, dans les ténèbres d’un univers auquel plus personne ne prête vraiment attention (à l’exception de quelque illuminé frappé par les visions de ce qui se trame, sous le verni multicolore d’une série bien mystérieuse).

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