The tree of life

La mémoire constitue un assemblage de bribes que l’on traverse, d’ellipses en ellipses. Tarkovski l’avait dit, l’enfant découvre le monde. Il fait l’expérience de la démesure de l’intime. Plus tard, en adulte perdu, il questionne sa foi et pardonne son père dans un élan de tendresse. Tel est le héros de The tree of life, un homme face à sa vie, qui pèse le poids de l’existence dans le gigantisme de la création. Là aussi, Malick interroge : l’univers est-il l’oeuvre de Dieu ou celle d’un big bang mystique? Mais cette supernova ne serait-elle pas un phénomène divin. Une grâce qui se prolonge dans la mère, un pragmatisme paternel, deux émotions à réunir au sein d’un corps qui se demande, qui remet en question l’importance de l’amour et formule visuellement, dans un exercice mémoriel et sensoriel, la question absolue : Quel est le sens de la vie ? Sa vie est ainsi confrontée au vivant, à la Vie avec un grand V. Des cellules aux dinosaures, de l’animal à l’homme, tous suivent la voie de la grâce, chemin tracé par le démiurge et inscrit dans la séminale explosion.

Ce que capture Malick, avec le talent plastique d’Emmanuel Lubezki pour en tirer toute sa brillance, c’est l’expérience. Le fait d’expérimenter le monde : la fraternité, l’amour, la haine, la douleur, la peur… et la mort. Face au monde trop grand pour lui, l’enfant ne reçoit que des signaux, des sensations qu’il assemblera plus tard, lorsqu’il opèrera ce retour sur son passé, et sur le passé de toute chose.

Au commencement, il y eut alors le divin qui infuse dans la vie, et la vie qui crée la mort. L’un ne va pas sans l’autre. Quand un frère repart dans le monde de l’inanimé et est rappelé par Dieu, son souvenir est un témoin du vivant, comme le fossil est un témoin de l’ère du crétacé. L’existence a sa place dans ce qui se perpétue, elle se prolonge dans ce qui bat après elle. La vie est infinie, mais les vivants sont éphémères. Le monde est gigantesque, mais l’exploration incomplète.

Enfin, Lacrimosa de Zbigniew Preisner constitue le paroxysme émotionnel de l’oeuvre, ce moment où naît le monde, et le parallèle avec la naissance de l’Homme sous les traits de ce bébé. C’est lui qui est le porteur de l’Histoire, lui qui la transmettra. En cela, Malick ne fais pas plus une profession de foi qu’un exercice de réflexion sur la naissance et le but de toute chose. Il propose le sensible, le regard de Dieu dans le phénomène du vivant, tout en en retranscrivant les origines scientifiques dans un mélange qui tient de la poésie pure.

À l’image de cet arbre au milieu du jardin de cette famille texane qui, lui aussi, abrite le passé dans ses gènes, la vie prend plusieurs formes, mais reste le miracle originel, l’ultime testament de Dieu.

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